Ingénieur agroéconomiste de formation, passé par la finance, l’administration publique et le négoce du café-cacao, Ange Fabien Guei dirige aujourd’hui la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI). Un parcours peu conventionnel, à l’image d’un homme qui a fait de la capacité d’adaptation l’un des fils conducteurs de sa carrière.
Il aurait pu poursuivre sa carrière dans l’agroéconomie. Ou rester dans l’univers de la finance et du café-cacao, secteurs dans lesquels son parcours semblait naturellement l’inscrire. Ange Fabien Guei a finalement choisi un autre terrain : celui des médias.
Le passage pourrait sembler improbable. Il l’est moins lorsqu’on observe l’ensemble de son itinéraire. Chez cet ingénieur agroéconomiste formé à Yamoussoukro, également diplômé en banque et finance, les changements de secteur ne relèvent pas tant de la rupture que d’une accumulation d’expériences. Et d’une certaine conception du métier de dirigeant .
Avant la télévision, Ange Fabien Guei a ainsi fréquenté plusieurs univers professionnels. Les études économiques, l’administration publique, le négoce du café et du cacao, puis le management. Autant d’expériences qui l’ont confronté aux questions de stratégie, de gestion et de transformation des organisations.
Lorsqu’il rejoint l’univers des médias, il n’en possède donc peut-être pas le parcours classique, mais il en aborde les enjeux avec les réflexes d’un manager.
Diriger une chaîne privée en Côte d’Ivoire n’est pas une entreprise anodine. L’ouverture du paysage audiovisuel a profondément modifié les habitudes du public et installé une concurrence nouvelle entre les chaînes, au moment même où les plateformes numériques et les réseaux sociaux bouleversent la consommation de l’information et du divertissement.
C’est dans cet environnement que la Nouvelle Chaîne Ivoirienne a dû construire son identité.
A la tête de NCI, Ange Fabien Guei accompagne le développement d’une chaîne qui cherche à conjuguer information, divertissement, productions locales et nouveaux usages numériques. Une équation qui impose de penser simultanément comme un homme de contenus et comme un chef d’entreprise.
Car derrière les visages connus du petit écran existe une mécanique moins visible : investissements, choix éditoriaux, recrutement des talents, programmation, audiences, modèle économique et positionnement de marque. Le rôle du dirigeant se joue largement dans cet espace que le téléspectateur ne voit jamais.
C’est peut-être là que le parcours antérieur d’Ange Fabien Guei prend tout son sens.
L’agroéconomie lui a donné une première lecture des mécanismes économiques. La banque et la finance ont complété cette formation. Le café-cacao l’a plongé dans l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie ivoirienne. Le management des médias l’a ensuite placé face à une autre matière première : l’attention du public.
Ange Fabien Guei appartient à une génération de dirigeants africains dont les carrières échappent progressivement aux trajectoires linéaires. Leur compétence ne tient plus seulement à la connaissance d’un secteur, mais à leur capacité à passer d’un environnement à l’autre sans perdre le fil de leur expertise.
Son parcours raconte aussi les mutations de l’économie ivoirienne elle-même. Une économie historiquement structurée autour de grandes filières agricoles, désormais traversée par la montée des industries culturelles, du numérique et de nouveaux acteurs privés.
Passer du café-cacao à la télévision pourrait alors être résumé par une formule séduisante. Ce serait toutefois réduire un parcours professionnel dont l’intérêt réside précisément dans ce qui relie ces deux mondes : la gestion des hommes, des ressources et du risque.
Dans les médias comme ailleurs, les succès visibles reposent souvent sur des arbitrages qui le sont beaucoup moins.
Une reconnaissance à Paris
Cette trajectoire doit être distinguée lors des Africa Next Awards, le 3 septembre 2026 à Paris, où Ange Fabien Guei figure parmi les lauréats annoncés.
La récompense vient consacrer un parcours construit loin des évidences. Elle intervient surtout à un moment où les médias africains cherchent à renforcer leurs modèles économiques et à produire davantage de contenus capables de rivaliser avec une offre devenue mondiale.
Pour leurs dirigeants, le défi ne consiste donc plus uniquement à administrer une chaîne de télévision. Il faut désormais comprendre le numérique, anticiper les nouveaux usages, attirer des créateurs, conserver les audiences et préparer des entreprises conçues à l’origine pour le petit écran à un monde où celui-ci n’est plus l’unique point d’entrée.
Son itinéraire dit finalement quelque chose de plus large que sa propre réussite. Il rappelle qu’une formation initiale n’est pas une assignation professionnelle et que les détours d’une carrière peuvent, avec le recul, dessiner une cohérence inattendue.
Du café-cacao aux médias, Ange Fabien Guei n’a peut-être pas changé de métier autant qu’il a changé de terrain. Celui d’un manager qui, d’un secteur à l’autre, semble avoir conservé la même fonction : bâtir.
Diane Kablankan