FIMO228 : DE LOMÉ À PARIS, LA MODE AFRICAINE CHERCHE À CHANGER D’ÉCHELLE

Implanté depuis plus d’une décennie au Togo, le Festival international de la mode au Togo poursuit son internationalisation. À Paris, où son édition France se tiendra le vendredi 23 septembre 2026, le FIMO228 veut faire du podium une vitrine pour les créateurs africains, mais aussi un espace de sensibilisation.

À quelques jours du grand défilé, les projecteurs étaient déjà braqués sur le FIMO228. Ce mercredi 23 septembre 2026, journalistes, organisateurs et acteurs de la mode se sont retrouvés à Paris pour la conférence de presse du FIMO228 – Édition France, prélude à plusieurs jours consacrés à la création africaine dans la capitale française.

Le Festival international de la mode au Togo voit le jour en 2013, à l’initiative du styliste et entrepreneur togolais Jacques Logoh.

Ancien mannequin, celui-ci avait créé deux ans auparavant Challenge Modeling Agency. Son projet prend progressivement une autre dimension : réunir dans un même espace créateurs, mannequins, photographes, maquilleurs, coiffeurs, médias et professionnels d’une industrie de la mode africaine encore en quête de structuration et de débouchés internationaux.

Année après année, Lomé devient ainsi le point d’ancrage du festival.

Mais l’ambition de Jacques Logoh dépasse rapidement les frontières togolaises : il veut offrir aux créateurs du continent une exposition internationale et rapprocher leurs collections des grandes capitales de la mode.

Paris devient alors une évidence.

Non pas pour renier Lomé, mais pour prolonger ce qui y a été construit.

Le FIMO228 a déjà connu plusieurs rendez-vous en France. En septembre 2024, RFI présentait ainsi l’événement parisien comme la deuxième édition France du festival. Jacques Logoh y expliquait son ambition de faire connaître à Paris les créateurs africains révélés ou accueillis sur la scène de Lomé.

Deux ans plus tard, cette stratégie d’internationalisation se poursuit.

𝟏 𝟖𝟎𝟎 𝐂𝐀𝐍𝐃𝐈𝐃𝐀𝐓𝐔𝐑𝐄𝐒, 𝟐𝟎 𝐂𝐑𝐄́𝐀𝐓𝐄𝐔𝐑𝐒

L’édition 2026 donne une indication de l’attractivité acquise par la plateforme.

Derrière ces trajectoires individuelles apparaît l’un des enjeux du FIMO228 : permettre à des signatures africaines, émergentes ou confirmées, de rencontrer un public et des professionnels au-delà de leurs marchés d’origine.

Il ne s’agit donc plus seulement d’organiser un défilé africain à Paris. Il s’agit de tenter d’inscrire des créateurs africains dans les circuits internationaux de la mode.

Cette année, le FIMO228 ne veut cependant pas limiter son propos aux vêtements.

L’édition parisienne est placée sous le thème : « La mode pour un monde sans VIH ».

Le choix déplace volontairement le regard.

Le vêtement devient support d’un message de sensibilisation ; le podium, une tribune. L’organisation entend associer création, diversité et lutte contre le VIH, avec l’idée que la visibilité d’un événement de mode peut également servir une cause de santé publique.

Une manière de rappeler que la mode africaine contemporaine ne souhaite plus être réduite à l’esthétique, aux imprimés ou au folklore auxquels elle a longtemps été ramenée.

Elle revendique également une capacité à interroger la société, défendre des causes et raconter le continent autrement.

La capitale française concentre maisons historiques, acheteurs, médias, photographes, agences, créateurs et influenceurs venus du monde entier. Y organiser un rendez-vous pendant la période de la Fashion Week permet de bénéficier de cette concentration exceptionnelle de regards.

Pour les plateformes africaines qui souhaitent y trouver leur place, l’enjeu consiste désormais à transformer la visibilité événementielle en relations professionnelles durables : accès aux acheteurs, accompagnement des marques, production, distribution, financement et présence régulière sur les marchés internationaux.

C’est probablement à cette étape que se jouera une partie de l’avenir du FIMO228.

Après plus d’une décennie d’existence, le festival doit désormais démontrer qu’il peut être non seulement une vitrine, mais également un accélérateur économique pour les talents qu’il expose.

C’est peut-être là que se trouve le véritable sujet de cette édition parisienne.

Pendant longtemps, la mode africaine a dû se battre contre une lecture réductrice de sa création : artisanat d’un côté, « mode internationale » de l’autre.

La génération représentée par le FIMO228 tente de dépasser cette frontière.

Jacques Logoh défend depuis plusieurs années une conception dans laquelle l’identité africaine n’empêche ni la modernité ni l’universalité. Les matières, les accessoires et les références culturelles peuvent raconter une origine sans enfermer les créateurs dans celle-ci.

Diane Kablankan

Envoyée spéciale à Paris