Le verdict est tombé, implacable. Le 2 juillet 2025, la Cour provinciale de Bioko Norte a condamné Baltasar Engonga Edjo, ancien directeur général de l’Agence nationale de recherche financière (ANIF), à 18 années de réclusion criminelle pour détournement de fonds publics, enrichissement illicite et abus de pouvoir. Ce procès, devenu emblématique de la lutte contre la corruption d’État en Guinée équatoriale. À l’issue d’une procédure menée à huis clos mais suivie de près par les chancelleries et les organisations internationales, le tribunal a assorti sa décision d’une amende d’environ 910 millions de francs CFA (soit près de 1,5 million d’euros), ainsi que d’une interdiction d’exercer toute fonction publique durant la durée de la peine. Baltasar Engonga, figure centrale de la technocratie équato-guinéenne, est reconnu coupable d’avoir orchestré, entre 2019 et 2022, un vaste système de détournement au sein du Trésor public.
Les faits avaient été révélés en 2023 par un audit interne commandité par le ministère des Finances. Très vite, l’ANIF, censée traquer les flux financiers suspects, se retrouve au cœur du scandale. Dirigée à l’époque par Engonga, l’agence est soupçonnée d’avoir couvert, voire organisé, un réseau sophistiqué de sociétés-écrans, de marchés fictifs et de rétrocommissions. Selon l’accusation, plusieurs dizaines de milliards de francs CFA ont disparu, en toute opacité.
L’enquête a également permis d’identifier plusieurs co-accusés de haut rang, dont Carmelo Julio Matogo Ndong et Ireneo Mangue Monsuy Afana, anciens cadres du ministère des Finances, ainsi que Florentina Iganga Iñandji, directrice des marchés publics à l’époque des faits. Leur sort judiciaire devrait être scellé dans les semaines à venir.
Concernant également l’affaire des 400 vidéos intimes du Sieur Balthazar, c’est un autre élément, plus sulfureux, qui a saisi l’opinion publique. Lors de perquisitions menées au domicile et dans le bureau de Baltasar Engonga, les enquêteurs ont saisi plus de 400 vidéos à caractère sexuel, enregistrées sans consentement apparent, mettant en scène l’accusé avec des femmes proches de certaines figures du pouvoir. Ces documents, dont une partie aurait circulé clandestinement, ont choqué jusqu’au sein de la classe politique, renforçant l’image d’un homme aux méthodes coercitives, usant de son pouvoir à des fins personnelles.
Cette condamnation est la première d’un si haut fonctionnaire impliqué dans la gestion directe des finances de l’État. Pour nombre d’observateurs, elle constitue un test pour la sincérité de la campagne de moralisation lancée en 2022 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Elle répond également, dans une certaine mesure, aux pressions exercées par les partenaires internationaux, notamment le FMI, l’UE et plusieurs ONG, qui conditionnent leurs appuis à de réelles avancées en matière de bonne gouvernance.
Si certains y voient une manœuvre politique visant à faire tomber un homme devenu encombrant, d’autres saluent un signal fort envoyé à une élite longtemps protégée par l’impunité.
La suite judiciaire reste ouverte. Les co-accusés doivent encore comparaître, tandis que l’origine exacte des fonds détournés n’a pas été intégralement élucidée. Les réseaux impliqués dépasseraient, selon plusieurs sources proches du dossier, le cadre de l’ANIF pour toucher des cercles politiques plus larges.
Le procès Engonga, désormais entré dans l’histoire politique récente de la Guinée équatoriale, a levé un coin du voile sur les pratiques opaques d’un État où finances publiques et intérêts privés sont longtemps restés confondus. Reste à savoir si cette condamnation ouvrira véritablement une nouvelle ère ou restera l’exception d’un système toujours intact.
Diane Kablankan